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Janet : La faiblesse et la force morale. Chapitre IV partie 2

vendredi 6 janvier 2012, par psyfph2

Chapitre IV partie 2 La faiblesse et la force morale

I) La misère psychologique

Un phénomène peut être naturel sans être dans la normale du commun. Si les automatismes sont un développement de forces naturelles dans un sens particulier comment alors la volonté, issue de ces mêmes forces, nous apparaît-elle libre ? En quoi diffère-t-elle de l’activité mécanique de l’automatisme psychologique ? Pour Janet l’hystérie est le terrain favorable au développement de phénomènes automatiques. Ainsi l’hypnotisme avec un sujet sain ou guéri n’est pas possible (idée déjà soutenue par Puységur dans ses « Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du magnétisme animal »). Les sujets hypnotisables, même s’ils ne présentent pas de crises, ont des troubles sensoriels : amblyopie, anesthésies… L’état somnambulique reste un état anormal. Il laisse le champ libre au développement d’une nouvelle existence psychologique, avec des sensations, des souvenirs propres « capables dans certains cas de persister au second plan après le réveil et de se continuer sous la première existence la plus ordinaire » p.420. C’est un état bien différent du sommeil. Le sommeil est un état de repos où l’interruption de la vie psychologique est plus ou moins complète. L’existence de phénomènes somnambuliques lors du sommeil n’indique pas que le sommeil relève du somnambulisme ou lui est apparenté, mais seulement que dans ce cas, le sommeil n’est plus un sommeil normal. Le sommeil n’est pas un état voisin du somnambulisme alors que c’est le cas de l’hystérie. En effet, les accidents postérieurs à la crise sont comparables aux suggestions post-hypnotiques :
-  Possibilité de changer la nature d’une crise hystérique comme on change celle d’un somnambulisme
-  Le souvenir de la crise est retrouvé dans certains somnambulismes
-  Les crises peuvent être remplacées par du somnambulisme. Pour autant le somnambulisme n’est pas réductible à l’hystérie. L’hystérie est protéiforme et vague ses symptômes ne constituent pas une maladie de même étiologie et d’évolution, car ces symptômes se retrouvent dans différentes maladies : fièvre typhoïde, anémie… Evidemment il est toujours possible d’avancer que la maladie n’a fait que rendre visibles des symptômes hystériques sous-jacents. Mais dans ce cas, il faudrait démontrer cette antériorité de l’hystérie, or faute de définition claire et précise on voit de l’hystérie partout. Dès que l’on tente de la cerner par un ensemble de symptômes bien déterminés alors somnambulisme, suggestion, désagrégation mentale, acquièrent une existence autonome. De nombreux états différents de l’hystérie, ivresse du haschich, fièvre typhoïde… permettent d’obtenir des phénomènes automatiques. C’est d’ailleurs ainsi que des médecins constatent des somnambulismes chez des patients qui ne sont pas à strictement parler des malades hystériques. Cependant le somnambulisme n’est pas un phénomène normal dans le cadre de la santé complète puisque après guérison les malades ne sont plus hypnotisables (chez Janet état hypnotique et somnambulisme sont synonymes).

« les phénomènes d’automatisme et de désagrégation dépendent d’un état […] maladif, mais qui n’est pas uniquement hystérique. » P.423. L’hystérie n’en est qu’un sous ensemble. Celui-ci regrouperait, somnambulisme, idées fixes, impulsions, anesthésies… Ainsi ce n’est l’hystérie qui constituerait un terrain favorable à l’hypnotisme, mais l’inverse, la sensibilité hypnotique y prédisposerait. La sensibilité hypnotique serait donc un état maladif lié au rétrécissement du champ de la conscience découlant d’un affaiblissement de la synthèse des phénomènes psychologiques. Il se forme des unités plus petites séparées les unes des autres, ou du moins, ces groupes sont plus petits qu’ils ne devraient l’être s’il y avait synthèse. Ces états maladifs ont pour socle un affaiblissement de l’individu dès lors incapable de synthétiser de façon satisfaisante ses phénomènes psychologiques. Lorsque ces sujets reprennent des forces en les faisant manger et dormir y compris en utilisant le sommeil hypnotique ils vont mieux. Cette faiblesse d’assimilation des phénomènes psychologiques peut être appelée par analogie avec la misère physiologique : la misère psychologique. Cet état de misère psychologique peut exister sous deux formes :
-  « la force morale de l’individu n’est pas en rapport avec son âge, avec le nombre de sensations qu’il éprouve et le nombre d’images que sa mémoire renferme, c’est un esprit d’enfant dans un corps de femme. » p.426.
-  L’hystérique dispose d’un grand nombre de sensations mais elles excédent sa capacité à les administrer laquelle ne dépasse guère celle de l’enfant ou de l’idiot. Ce qui génère des groupements de phénomènes psychologiques hors de la conscience. « c’est le même administrateur très médiocre, à la tête d’une grande usine, qui oublie ses fonctions et qui laisse les employés et les machines s’amuser et s’affoler sans surveillance. » p.426. Toutefois ces accidents sont extrêmement changeants. « Le même état de misère psychologique, durant sans cesse, permet au jeu automatique des éléments de prendre toutes les formes. Un autre fait caractéristique, c’est qu’il est très facile de modifier artificiellement la nature des accidents ou la forme que l’automatisme prend à tel ou tel moment, car, en raison de sa faiblesse, l’esprit du sujet est d’une plasticité extraordinaire. ». Il est facile de modifier la forme d’existence prise par le sujet qui résulte de la seule centralisation d’un petit nombre d’éléments quasiment pris au hasard parmi d’autres tout aussi disponibles. Pour mettre à jour une existence seconde il est possible de :
-  recourir à la fatigue, sommeil, état chloroformique, fatigue par fixation prolongée, ces moyens permettent aux éléments seconds de se centraliser de prendre ainsi le dessus.
-  Exciter la seconde existence qui, si elle s’est manifestée, a montré de quels éléments elle était composée. L’excitation portera sur un mot, une posture, relative au conteste de sa manifestation. Exemple : « il suffit d’appeler quelques uns des sujets qui ont été décrits du nom que je leur ai donné pendant le somnambulisme [pour arriver] au somnambulisme complet » p.427. La facilité avec laquelle la partie subconsciente est accessible permet des modifications aisées des accidents et autres symptômes hystériques. Est-ce à dire que la suppression de l’accident ou du symptôme signe la guérison ? Non puisque l’état de suggestibilité perdure et donc avec lui le somnambulisme. « Du moment que vous pouvez guérir le sujet par suggestion, c’est qu’il est encore malade » P.427. La misère psychologique se maintient. Quelle en est la source ?
-  l’hérédité
-  une faiblesse physique survenue accidentellement comme la convalescence dans certaines maladies.
-  des causes morales que nous ne connaissons pas.

« Sauf des cas très rares, il ne me semble pas que l’on puisse arriver à guérir par suggestion l’état même de misère psychologique qui est une condition essentielle de l’exécution des suggestions. » P.427. Cet état peut être constitutionnel et permanent ou accidentel et passager. « L’épuisement consécutif à de grands efforts d’attention, à des travaux intellectuels prolongés, a souvent ce résultat. Une des causes les plus curieuses et les plus fréquentes d’une misère psychologique momentanée, c’est aussi l’émotion, dont la nature est encore si mal connue. L’émotion, on le sait, rend les gens distraits ; bien plus, elle les rend quelquefois anesthésiques soit passagèrement, soit d’une façon permanente. […] En un mot, l’émotion a une action dissolvante sur l’esprit, diminue sa synthèse et le rend pour un moment misérable. » p.428. Au moment de cette misère psychologique accidentelle le malade peut devenir le réceptacle de sensations d’idées précises et dangereuses. Si cette impulsion, nouvelle caractéristique et dangereuse s’immisce au moment où l’esprit n’est pas en capacité d’y résister « malgré la disparition des circonstances malheureuses de l’incident […] l’idée fixe, comme un virus malsain, a été semée en lui et se développe à un endroit de sa personne qu’il ne peut plus atteindre, elle agit subconsciemment, trouble l’esprit conscient et provoque tous les accidents de l’hystérie ou de la folie. » Janet cite un cas rapporté par Erasme Darwin. : « Un ecclésiastique de quarante ans, […] se trouva un jour en compagnie et il but du vin... Étant complètement ivre, il avala le cachet d’une lettre. Un des convives lui dit en plaisantant : « Vous aurez les boyaux cachetés » ; de ce moment, il devint mélancolique et, au bout de deux jours, il refusa de prendre aucune nourriture solide ou liquide. Il répondait que rien ne pouvait passer et il mourut en conséquence de cette fausse idée. » P.429.

Ces idées fixes sont rattachées à leur professions dépendent des livres, des paroles ou de l’actualité avec lesquels ils sont en contact dans leurs moments de faiblesse psychologique mais ce ne sont ni les livres ni les paroles qui sont à incriminer mais bien l’état de désagrégation. Les idées fixes résultant d’une désagrégation passagère sont plus difficiles à atteindre et à modifier parce qu’alors l’intelligence s’est réorganisée sous une forme qui a trouvé son équilibre donc plus difficilement modifiable. Il ne reste plus alors qu’à ramener l’individu dans « l’état psychologique dans lequel le délire a pris son origine. Ainsi, j’aurais essayé d’enivrer une seconde fois le malade d’Erasme Darwin, afin de rechercher si l’on ne pourrait pas, dans une nouvelle ivresse, avoir plus de pouvoir sur l’idée fixe. » p.430. L’étude des automatismes psychologiques montre que ceux-ci ne sont pas créés par un malaise particulier, ils ne sont pas spécifiques, ils découlent « d’une sorte de faiblesse que nous avons appelée la misère psychologique ». p.430.

A suivre... la prochaine fois. Les formes inférieures de l’activité normale s’opposeront au jugement et à la volonté...

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