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Dépression : des thérapies comportementales et cognitives aux thérapies basées sur la pleine conscience. Se promener et s’observer en train de se promener sont deux choses différentes (suite)

samedi 8 septembre 2012, par psyfph2

Dépression : des thérapies comportementales et cognitives aux thérapies basées sur la pleine conscience.
- un changement de postulat
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Dans un programme de recherche mené par John D.Teasdale l’équipe de recherche aborda le cercle vicieux de la rechute dépressive dans l’autre sens. Au lieu de s’intéresser aux effets des pensées sur l’humeur ils voulurent voir quels étaient les effets de l’humeur sur les pensées. Dans leurs expériences ils induisaient une humeur négative auprès de patients et de sujets tout venant. L’induction d’une humeur négative, même chez des personnes n’ayant jamais eu d’épisodes dépressifs, entraînait un biais de mémoire négatif : les sujets se rappelaient moins facilement des évènements agréables survenus dans leur vie. « Le travail expérimental montra que les effets de biais de la dépression sur la mémoire n’étaient pas simplement le résultat de plus d’évènements négatifs dans la vie de la personne. De tels évènements surviennent sans aucun doute, mais pour assombrir le tableau, les personnes dépressives doivent également se débrouiller avec un biais dû à leur humeur, qui se focalise plus sur la négativité de leur vie et moins sur les aspects positifs. » P.51 John Teasdale proposa l’hypothèse « d’activation différentielle » : l’humeur triste « réactive des styles de pensée associée à des humeurs tristes passées » p.51. Ces styles différeraient selon les expériences vécues. Cette accessibilité différentielle rendrait compte des impacts de l’humeur sur les schémas de pensée des anciens dépressifs. Des études montrèrent qu’une humeur légèrement triste chez des sujets anciennement dépressifs s’intensifiait entraînant un biais cognitif exagéré. Ce biais qui ne se manifestait qu’au moment d’un changement de l’humeur, conduisit à laisser de côté les questionnaires des attitudes dysfonctionnelles.

J.Miranda et J.Persons administrèrent ces questionnaires d’attitudes dysfonctionnelles, mais cette fois-ci auprès d’anciens déprimés dont l’humeur est triste. Les résultats étaient comparés à un groupe témoin : de sujets n’ayant jamais connu d’épisodes dépressifs. Alors que dans le groupe témoin les croyances changent, les sujets du premier groupe (anciens déprimés) sont plus enclins à modifier ces croyances dans le sens des attitudes dysfonctionnelles. D’autres études corroborèrent l’hypothèse d’une réactivité cognitive : un faible changement de l’humeur chez d’anciens déprimés entraînait de grands changements en termes de pensées négatives. Cette réactivité cognitive serait cumulative, la probabilité d’une rechute dépressive augmenterait avec le nombre d’épisodes antérieurs. Lorsqu’il y a une baisse de l’humeur la pensée parcourt de vieux schémas cognitifs habituels, de cette façon elle retrouve rapidement un matériel négatif. Ce matériel très accessible va être traité sur le mode de la rumination. Ce processus comporterait des boucles de rétroaction « impliquant les effets corporels de l’émotion » p.58.

Les auteurs en concluent qu’en fait ce n’est pas tant la modification des contenus de pensée qui est opérante dans la thérapie comportementale et cognitive de la dépression que le changement de la relation du sujet à ses pensées. Autrement dit : peu importe le contenu des pensées du sujet déprimé ce qui joue un effet protecteur contre la rechute dépressive ce sont les capacités de distanciation, de décentration de ces pensées sans qu’il soit pour autant nécessaire d’en modifier le contenu. « L’importance d’une telle « distanciation » ou « décentration » avait été discutée et reconnue auparavant en thérapie cognitive, mais généralement comme moyen d’en finir, en changeant le contenu des pensées, plutôt que comme une fin en soi  » p.60. L’intérêt des auteurs pour cette décentration leur ouvrait des voies nouvelles : ils en vinrent à s’intéresser aux travaux de John Kabat-Zinn. « Nous ne pension plus que l’’ingrédient capital en thérapie cognitive (la raison pour laquelle ses effets duraient si longtemps) était qu’elle changeait le degré auquel une personne croyait dans ses pensées et attitudes. Nous pensions plutôt que la clef était de savoir si les gens pouvaient apprendre à adopter une perspective décentrée de leurs schémas de pensée. Si c’était vrai, il n’était donc pas nécessaire de changer le contenu de leurs pensées, mais seulement leur relation à ce contenu » p.67.

J’insère ici une remarque personnelle : en dépouillant les pratiques de leur gangue théorique ou en leur appliquant le principe du rasoir d’Ockham (au choix) il me semble entrapercevoir un des facteurs de l’efficacité d’une psychothérapie. Qu’elle soit psychanalytique, comportementale et cognitive, humaniste centrée sur la personne…la psychothérapie amène le sujet déprimé à prendre un autre point de vue sur ses pensées, ne serait-ce que pour les mettre en forme et les communiquer à autrui. Au fond y-a-t-il vraiment une spécificité de la décentration pratiquée en pleine conscience ?

A suivre

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