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Lagache : Diversité des approches du fait psychique

samedi 23 février 2013, par psyfph2

D’où viennent les difficultés de la psychologie à se constituer en une science ? Les psychologues ont bien un même objet d’étude celui des interactions survenant dans le « champ psychologique ». Celui-ci liant inextricablement individu-milieu, la diversité des approches réside dans le mode d’appréhension du fait psychique. Dans cette pluralité deux grands courants opposés sont à distinguer. Le choix de l’approche du fait psychique tiendrait en partie aux inclinations personnelles du psychologue. Faut-il pour sortir de l’impasse psychanalyser les psychologues ?

- L’unité de la psychologie
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Si la psychologie a du mal à s’unifier cela tient à des divergences quant au mode d’appréhension du fait psychologique. Lagache distingue deux grandes approches en psychologie l’une humaniste, l’autre naturaliste. Cette distinction est schématique mais éclairante. Le naturalisme privilégie l’explication causale. Il tend à éliminer la conscience et à traiter les faits psychologiques comme des choses. L’humanisme traditionnel admet que les faits psychologiques « sont des consciences » (Sartre) des expériences vécues (Stern) dans lesquels on lit les expériences vécues par autrui.

Cette distinction entre une psychologie humaniste et une psychologie naturaliste et se fonde selon Lagache sur 5 oppositions.

1) L’approche humaniste se centre sur l’expérience, le behaviourisme sur le comportement observé. (Remarque : Lagache parle de conduite « dans ce qu’elle a d’extérieur et de matériel » mais le terme de conduite est ambigu, puisque au sens où l’entend Lagache la conduite implique déjà un lien caché, inféré d’une série de comportements et propre à les unifier, à les structurer hiérarchiquement. En fait le behaviourisme ne s’embarrasse pas d’une conduite pour la ramener à des comportements. Il observe des comportements dans une situation donnée).

2) La conceptions de la relation entre le tout et ses parties. Le naturalisme pose l’antériorité des éléments et des lois élémentaires sur le tout. Exemple : dans le réflexe conditionnel ; la personnalité est conçue comme un système d’habitudes. L’humanisme appréhende le tout comme antérieur aux parties, il ne se réduit pas à la simple somme de ses éléments. La personnalité est alors une totalité manifestant une activité complexe (Lagache considère le problème du caractère comme capital).

3) La psychologie naturaliste ramène les faits psychologiques à des lois élémentaires pour expliquer les phénomènes en les réduisant à des composantes simples en nombre limité. Ex : loi de l’apprentissage exprimé par une courbe. « La psychologie humaniste s’appuie non sur des lois mais sur des types idéaux, synthèses limitées servant à « comprendre » plus qu’à expliquer ; l’étude du caractère réclame une méthode non pas statistique mais qualitative, intuitive, artistique ; elle ne peut se désintéresser des formes corporelles dans lesquelles s’exprime la vie. » (p.22)

4) Naturalisme et humanisme abordent la vie psychique sans lui donner la même base le même substrat pour origine ; organisme biologique pour l’un, « couches profondes de la vie psychique pour l’autre » (Remarque : il me semble qu’aujourd’hui on serait plus enclin à parler de strates culturelles, langagière… dans laquelle « baigne » le psychisme ? ).

5) Du point de vue des valeurs. Alors que le naturalisme tend à s’en défaire parce qu’elles sont subjectives, la psychologie humaniste souligne leur importance : « le monde de l’être vivant est toujours un monde de valeurs » (Lagache pourrait-il dire que ce qui fonde un monde humain c’est en partie la médiation de la culture la médiation d’un autre illimité, « l’esprit d’un peuple » ? comme l’avançait Hegel ?).

Ces oppositions sont significatives, pourtant aucune psychologie ne suit l’ensemble des axiomes humanistes ou naturalistes. Relèvent des psychologies naturalistes :
- La gestalt psychologie (mais elle ne retient pas l’atomisme psychologique)
- Le behaviourisme (mais en considérant que tout conduite vise à réduire une tension il admet une forme de téléologie).
- La réflexologie (elle étudie en pratique l’explication de la conduite par le conditionnement.

Relèvent du groupe humaniste
- la phénoménologie
- la psychologie compréhensive
- le personnalisme (prend la personne comme système de référence).

Mais la phénoménologie est hostile à la notion d’inconscient ou la rejette formellement (Sartre) quant à la psychanalyse elle est entachée de tendances naturalistes (Hartmann). « Plus profondément le choix entre naturalisme et humanisme répond à des besoins affectifs et à une tentative de solution de problèmes personnels. » (p.25). Faut-il pour sortir de l’impasse psychanalyser les psychologues et la psychologie ? Ce serait le cas si l’inclination pour l’humanisme ou le naturalisme ne procédait que de « motivations personnelles ». Il faudrait alors renoncer à une issue raisonnée et psychanalyser la psychologie et les psychologues. Mais parce que cette question n’a pas pour seuls fondements les motivations personnelles il devient « possible de déterminer par les faits, qui a raison et qui a tort » (Pourquoi seulement soit l’un soit l’autre plutôt qu’une synthèse ?). Cette opposition (humanisme naturalisme) en rappelle d’autres :
- esprit de finesse / de géométrie
- esprit concret / esprit abstrait
- esprit analytique / synthétique

Les propositions humanistes sont une réaction aux tendances naturalistes. Plutôt que d’y voir une tendance animiste il faut y voir une tentative « d’accommodation à la réalité face à un réalisme intellectuel excessif, ou un logicisme » dont on avait tenté sur le modèle des sciences de la nature une « schématisation trop simplifiée ». Ce chevauchement des tendances est le mouvement d’une dialectique de l’histoire des idées en matière de psychologie :
- L’apparition de la conscience est un événement important et significatif, de même prise la de conscience
- le principe de totalité tend à être reconnu par la meilleure psychologie expérimentale… La mesure de l’intensité d’un stimulus ne peut se limiter à sa mesure physique puisque intensité et efficacité sont solidaires de la structure de l’organisme en cause et de son état présent, à fortiori à un degré de complexité plus élevé : « vivre une situation n’est pas en prendre une connaissance objective et sèche ». (p 28).

A suivre...

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