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Lagache : L’opposition psychologie expérimentale et clinique

samedi 30 mars 2013, par psyfph2

L’examen des tendances naturaliste/humaniste à l’œuvre dans la psychologie a montré qu’elles traversaient les élaborations théoriques de la discipline sans véritablement la cliver. Leur chevauchement témoigne d’un mouvement dialectique. En revanche, c’est dans manière de travailler des psychologues que s’affrontent concrètement le naturalisme ("psychologie de « laboratoire") et l’humanisme ("psychologie de fauteuil "). Quelles issues possibles ?

- L’unité de la psychologie
- Diversité des approches du fait psychique
- (suite) L’opposition psychologie expérimentale et clinique

La « psychologie de fauteuil » qui a été très critiquée est de retour. Les échecs et les difficultés rencontrées par l’expérimentation tous azimuths font ressortir la nécessité de la théorie. Ainsi, il ne peut y avoir, par exemple, de mesure expérimentale de la personnalité sans en définir au préalable ses dimensions et cela relève d’une réflexion clinique. Cependant si la psychanalyse et la psychologie clinique se font littéralement dans un fauteuil la théorisation n’est pas pour autant toujours au rendez-vous. « Les travaux des “ psychologues” dont la formation scientifique est insuffisante ou nulle restent souvent au stade d’une description que l’appoint de l’expérience technique et de connaissances doctrinales auraient rendues plus pertinentes ; en dépit d’exemples mémorables, mais rares, les théories pures n’auraient rien perdu à “ mettre la main à la pâte” » (p.29). La querelle entre théoriciens ou praticiens purs n’a donc pas grand intérêt. C’est sur les démarches respectives des psychologies expérimentale et clinique qu’il faut se pencher.

Psychologie clinique ne signifie pas psychologie pathologique bien que la psychologie clinique touche tant aux conduites adaptées qu’à leurs désordres… Elle envisage l’être humain en tant qu’il est porteur d’un problème mal résolu. Elle n’étudie pas hors contexte des grandes fonctions mentales atteintes par la maladie telles que : langage, mémoire... ou encore la personnalité. Le problème central de la psychologie c’est l’adaptation, c’est-à-dire le conflit et la résolution du conflit. Cet « envisagement » fonctionnel a même renouvelé la clinique des désordres organiques. La psychologie clinique est consciente qu’elle ne peut pas contrôler l’environnement dans lequel évolue le sujet. Elle tente de resituer l’observation dans son contexte global, elle cherche à intégrer toutes les variables de la situation au cadre de son observation. A l’opposé, la psychologie expérimentale veut mettre hors jeu certaines variables. Elle s’efforce de maîtriser, neutraliser les différentes variables agissant sur le sujet, c’est là tout le sens de la formule : « toutes choses égales par ailleurs ». Démarche clinique et expérimentale abordent donc différemment le contrôle des conditions de la conduite. Alors que la première est une appréhension « molaire » de la conduite (l’histoire d’un cas) la seconde en est une approche « moléculaire » : son objectif est la découverte de lois universelles, ou du moins d’une généralité suffisante, pour prétendre être une loi.

Le terme de psychologie clinique a tout de suite une résonance médicale le liant à la psychopathologie mais cette association n’est pas de droit. La psychologie clinique est une approche méthodologique où il est question d’envisager la conduite en relevant aussi fidèlement que possible « les manières d’être chercher à en établir le sens la structure et la genèse, déceler les conflits qui la motivent et les démarches qui tendent à résoudre ces conflits, tel est en résumé le programme de la psychologie clinique » (p.32). S’il est possible d’étudier en laboratoire des segments de la conduite humaine, des sentiments, ou des conduites complexes telles que la jalousie, le crime passionnel, ou le suicide ont bien peu à attendre de l’expérimentation. Aussi leur étude a longtemps été laissée à la littérature : « Il est toujours vrai qu’une formation psychologique complète se conçoit mal sans une connaissance étendue des grandes œuvres de la littérature par ce que précisément, la conduite humaine y est décrite dans son aspect global ou molaire » mais la situation se retourne. La psychanalyse a enrichi la connaissance psychologique des conduites pathologiques au travers de découvertes telles que : transfert, résistance, abréaction. « Le transfert en psychanalyse, est essentiellement le déplacement d’une conduite émotionnelle par rapport à un objet infantile, spécialement les parents, à un autre objet ou à une autre personne, spécialement le psychanalyste au cours du traitement. Les résistances ou réactions de défenses sont tout ce qui interfère avec la liberté des associations d’idées du patient et le progrès de l’analyse. L’abréaction est l’expression d’une émotion en rapport avec un conflit jusque là refoulé, mais restauré à la faveur de la psychanalyse dans l’expérience vécue du patient. Le complexe est un schème de conduite constitué dans le passé individuel, généralement dans les premières années de la vie ; il explique la sensibilité élective à une classe de situations et l’habitude d’y répondre par des conduites d’une signification équivalente. » (p.35). L’approche dynamique centrée sur le sens, le repérage des conflits et leur résolution relèvent selon Lagache de la psychanalyse : c’est à dire d’une technique clinique.

L’esprit clinique « est le meilleur garde fou » contre l’académisme psychanalytique qui consiste à plaquer des « clichés complexuels » sur la conduite humaine, substituant au « drame concret un conflit d’entités abstraites ». Définir la psychanalyse n’est pas le propos de Lagache, mais il serait insuffisant de l’appréhender comme une « exploration de l’inconscient » et surtout impossible de la définir dans un autre cadre que celui de la psychologie clinique. En effet, selon Lagache la psychologie clinique implique de mettre l’accent sur l’importance accordée au transfert qui lui est spécifique. L’idée d’un strict continuum entre santé et maladie ne peut être retenue, toutefois l’étude des désordres des conduites ne peut être séparée de celle des conduites adaptées. En effet, ce sont ces deux aboutissements du conflit qu’il faut situer l’un par rapport à l’autre. Ainsi la psychanalyse a-t-elle contribué ainsi à l’évolution des théories de la conduite. La psychologie de la conduite humaine concrète… reste avant tout le domaine de la psychologie clinique.

Pourtant c’est la psychologie expérimentale et comparative qui est la mieux placée pour assurer l’unité de la psychologie et permettre son intégration aux autres sciences. « […] en droit la psychologie des êtres humains n’a pas plus d’importance que celle du kangourou ou de l’ornithorynque » (p.30). Paul Guillaume dans sa psychologie animale considère qu’« inséré dans l’immense perspective du monde animal l’homme y deviendra sans doute plus intelligible ; nous comprendrons mieux, et sa parenté avec les êtres inférieurs et sa vraie supériorité. ». Le recours à l’expérimentation animale tire en fait la psychologie vers les sciences naturelles.

A suivre...

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