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H.Guillemain : La méthode Coué au creux de la vague

mercredi 28 janvier 2015, par psyfph2

C’est à son détriment que la méthode Coué a fait son entrée dans le langage courant, désignant une sorte de pensée positive optimiste, volontaire, têtue et béate, qui aurait été inventée par un docteur.

Cette série se propose de présenter la méthode Coué à partir de la lecture du livre de Hervé Guillemain. Elle ne se veut pas un résumé chapitre par chapitre du livre. Toutefois la présentation suivra quelques-uns des principes adoptés par l’auteur dans son appréhension de la méthode :

  • resituer la méthode dans son contexte historique. Guillemain la met ainsi en lien avec la grande guerre, les psychothérapies émergentes ou en vogue de l’époque (psychanalyse, traitement moral, mind cure...) mais aussi la médecine et les religions. Toute pratique psychothérapeutique aussi scientifique soit-elle, baigne dans un monde humain, un réseau de significations qui en conditionne l’efficience. Je gage que cela conduira le psychologue, face à un marché des psychothérapies très concurrentiel, à relativiser le ressac incessant des méthodes psychothérapiques « innovantes » qui se disputent inlassablement le statut de panacée. A commencer par les thérapies les plus en vues, puisque l’émergence de ce « fossile improbable-la méthode Coué- [...] sert de repoussoir dans la joute confrontant psychanalystes et comportementalistes » (p.13). Dans un point de vue plus large « L’histoire de la psychiatrie, de la psychologie, des psychothérapies ou de la psychanalyse s’enrichit de la confrontation des pratiques avec leur contexte de diffusion. » (p.16)
  • en présenter l’évolution, il n’y a pas une mais des méthodes Coué. La forme prise par la méthode au plus fort de son succès – dans les années 20 se sont plusieurs milliers de patients qui viendront consulter– diffère de celle de 1910 mais aussi de celle qui suit la mort de son créateur. « Il est surtout impératif de ne pas en faire un objet immuable : la pratique du Nancéien n’est pas la méthode « Coué » dès son origine. Celle-ci évolue entre le moment de son élaboration, le temps de sa gloire et l’époque des disciples. Ce n’est pas une mais plusieurs « méthodes » Coué qui se succèdent » (p.92). Guillemain inscrit la méthode Coué dans de grands cycles thérapeutiques, son découpage est classique.

Le magnétisme animal (1780-1820). Initié par Messmer, la théorie magnétique postule qu’entre les êtres circule un fluide physique et cosmique analogue à l’aimant. Les malades sont victimes d’un déséquilibre fluidique. Il est possible d’y rémédier par les passes et le baquet. Les passes : correspondent plus à une pratique individuelle où le magnétiseur déplace répétitivement ses mains à quelques centimètres du sujet afin de faire circuler le fluide. Le baquet : ce demi-tonneau renferme des bouteilles, contenant de la limaille de fer, reliées entre elles par une corde. La corde tenue par les participants permet les échanges fluidiques sous forme de convulsions salutaires. Cette période dure un peu moins de trente ans jusqu’à ce que le magnétisme soit mis au ban de l’académie. Puységur disciple de Messmer découvre le sommeil magnétique. Ce sommeil suffit à la guérison, les convulsions ne sont plus nécessaires. A l’explication fluidique va venir s’opposer celle des tenants de l’imagination. Alexandre Bertrand explique le magnétisme par l’imagination.

L’hypnose médicale (1860-1900) L’héritage du magnétisme est intégré à la médecine avec l’hypnotisme. James Braid favorise dans les années 1840 l’apparition d’une science « neurohypnologique ». Il pratique l’hypnotisme obtenant le sommeil hypnotique par fixation d’un objet brillant. Si la méthode diffère peu du magnétisme ses fondements théoriques sont en accord avec les avancées scientifiques et la culture de la rationalité (remarque : c’est précisément ce qu’était le magnétisme à ses débuts une théorie qui se voulait rationnelle). Les premiers travaux datent de 1860 et sont le fait de chirurgiens anesthésistes recourant à l’hypnose pour leurs opérations. Le fossé se creuse ainsi un peu plus entre les pratiques hypnotistes et la tradition magnétique, au sein de laquelle se développe le spiritisme. Entre ces deux courants émerge à Nancy, de la pratique du Dr Liébeault appuyé par l’universitaire Hippolyte Bernheim, l’idée que l’hypnose relève de la suggestion. La pratique de Liébeault est à la confluence du braidisme et du magnétisme animal. L’hypnose est expliquée comme résultant de la suggestion et non d’un état pathologique. Bernheim développera une théorie de la psychothérapie autour des concepts de « crédivité » et « d’idéo-dynamisme » tout en pointant l’importance de l’autorité du thérapeute et de son aura. De 1880 à 1890, L’école de Nancy, soutenant que l’hypnose est suggestion et qu’en conséquence elle se produit chez tout un chacun, s’opposera à l’école de la Salpêtrière conduite par Charcot pour qui l’hypnose, phénomène neurologique pathologique, est un état spécial de conscience obtenu chez quelques sujets malades. « De là découle la différenciation de deux termes : “la suggestion ” donnée comme l’influence directe ou indirecte d’un individu sur un autre, “ l’hypnose ” considérée comme un état exceptionnel durant lequel cette influence peut s’exercer. » (p.95).

Le déclin de l’hypnose et la rupture consommée avec la psychanalyse 1900-1970 C’est la thèse de l’école de Nancy ramenant l’hypnose à un phénomène psychologique de suggestion qui a finalement triomphé. Cette victoire freine du même coup la médicalisation de l’hypnose et sa diffusion au sein de la médecine. Après son essor dans les années 1860 l’hypnose décline à l’entrée du XXéme siècle. Les ouvrages sur l’hypnotisme publiés par centaines entre 1880 et 1890 sont moins d’une dizaine entre 1920 et 1930. « La revue de l’hypnotisme expérimental et thérapeutique, un des derniers bastions de de la conception dure de l’hypnose, abandonne son nom pour devenir Revue de psychothérapie et de psychologie appliquée. On observe la même évolution en Allemagne et en Belgique » (p.96). Il ne faut pas sous-estimer les effets de mode en psychothérapie. S’ouvrant à des pathologies de plus en plus variées L’hégémonie de l’hypnose comme remède universel trouve aussi ses limites. En confrontant les thérapeutes à de plus en plus d’échecs elle amorce son déclin. Dans les années 1890 des praticiens vont appréhender le phénomène hypnotique autrement :

  • Janet en fait un instrument permettant de retrouver chez le sujet névrotique les souvenirs et idées fixes à l’origine du trouble.
  • Freud abandonne l’hypnose directive à visée cathartique conduite avec Breuer. La considérant comme un laborieux exorcisme poussant aux aveux, il la remplace par un travail avec le sujet à l’état de veille basé sur les associations libres. Comme d’autres médecins semblant « redécouvrir les fantasmes greffés sur une pratique mêlant charge érotique et sentiment de domination » Freud troublé par les élans d’une de ses patientes met en place une technique visant à les neutraliser et développe la notion de transfert. Cette rupture avec l’hypnotisme censée attester d’une spécificité de la technique analytique.

L’hypnose perd son statut de panacée pour devenir dangereuse et immorale elle n’intéresse plus la médecine. Le traitement moral revient. Celui de Dubois de Berne basé sur la persuasion se veut l’exact opposé du traitement pernicieux par suggestion. « Les techniques d’aveux et de confession retrouvent droit de cité » (p.114). L’hypnose est perçue comme honteuse voire barbare. « Ceux qui restent fidèles à la pratique contre vents et marées se réclament d’un hypnotisme sain et doux, moins directif, travaillent en état de veille ». (p115).

La vogue hypnotique sous l’effet de ces critiques théoriques et d’un changement de génération, (défenseurs et praticiens de l’hypnose s’éteignent) faiblit après 1900. Or c’est dans cette phase descendante que la méthode d’Emile Coué prend son essor. Le déclin de l’hypnose thérapeutique est consommé après-guerre. Pour garder sa clientèle ou ses lecteurs il n’y a que trois voies possibles celle du traitement moral, la psychanalyse naissante ou la voie plus étroite de la méthode Coué. Comment malgré cette filiation avec les pratiques hypnotistes déclinantes la méthode Coué a-t-elle pris une telle ampleur et en quoi consistait-elle ?

A suivre

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