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Compte-rendu/L'automatisme psychologique de Pierre Janet

 

 

Pierre Janet : L'automatisme psychologique.

Notes de lecture

 

 

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Deuxième partie Automatisme partiel : Chapitre 2 Les anesthésies et les existences psychologiques simultanées mis en ligne le 11/11/2010.

Pour comprendre la pensée subconsciente il faut au-delà des actes qu'elle manifeste et identifier les images et les sensations qu'elle renferme. Il faut donc étudier les sensibilités inconscientes.

1) Les anesthésies systématisées.

L'anesthésie accompagne la pensée subconsciente et son développement. Le premier type d'anesthésie est la suppression sélective de certaines images et sensations véhiculées par une même modalité sensorielle. Pour cela Janet utilise l'hallucination négative (le terme est de Bernheim). Dans les modifications perceptives entraînées par l'hallucination négative entre une part de subjectivité : ainsi un sujet en état de somnambulisme auquel il a été suggéré qu'il ne pourrait pas voir M.X verra malgré tout le chapeau dont X est couvert alors que un autre somnambule dans la même situation tout objet associé à M.X restera invisible. Toutefois si la personne non visible par le sujet devrait logiquement cacher les objets devant lesquels elle se trouve, Janet relève que les mécanismes perceptifs viennent compléter la partie manquante (comme les objets qui " viennent se peindre sur la tache aveugle de la rétine "). Le somnambule n'en perçoit pas moins l'objet invisible, puisque le phénomène de contraste simultané se produit. D'où cette conclusion apparemment contradictoire : le sujet reconnaîtrait donc l'objet invisible de façon à ne plus pouvoir le voir. Elle cesse de l'être, dès lors que l'on suppose l'existence de différents niveaux de conscience. Janet réalise une expérience dans laquelle il suggère au patient que parmi les cinq cartons présentés, il ne pourra pas voir l'un d'entre eux, reconnaissable à ses coins. Dans la situation de masquage des coins des cartons, où il est impossible de distinguer les cartons entre eux, tous les cartons sont vus par le sujet. Dans la situation où les coins sont découverts le carton reconnaissable à ses coins peut être distingué et alors le sujet affirme ne pas le voir : " Il est donc probable que cet acte se passe tout entier dans l'inconscient " Binet et Féré Magnétisme animal (p.236). La sensation persiste dans la subconscience malgré l'anesthésie systématisée. Janet répète l'expérience de Binet et Féré avec sa patiente Lucie (avec des cartons marqués d'une croix). Il y ajoute une SPH : au réveil Lucie ne verra pas les cartons où est inscrit un multiple de 3. Il termine par une plaisanterie " suggérer au sujet de ne pas voir le papier sur lequel est écrit le mot " invisible " et de fait c'est bien ce papier que le sujet ne voit pas (p.269). Par l'écriture automatique, Janet communique avec le processus inconscient lequel, par la main de Lucie, répond par écrit qu'il voit bien ce que pourtant consciemment elle dit ne pas voir. Même phénomène pour des anesthésies plus étendues. La SPH faite à Lucie : " au réveil vous serez complètement aveugle " fait qu'au réveil Lucie n'y voit rien mais interrogée par le procédé d'écriture automatique l'inconscient prétend, lui, y voir très clair. Janet explore aussi la sensibilité tactile mais plus que la suppression de la sensation du contact avec tel objet il réalise des suggestions d'anesthésie d'une partie du corps. La répartition de l'anesthésie cutanée sous forme de cercle ou d'étoile ne peut se " faire par une idée consciente ". Aussi n'est-il pas étonnant que par le biais de l'écriture automatique le sujet réponde qu'il sent ce qu'on lui fait. L'exploration des anesthésies systématisées conduit Janet à considérer qu'il y a là une sorte de conscience dont il veut maintenant connaître l'étendue, c'est-à-dire le nombre de phénomènes qu'elle peut embrasser simultanément. Il met sur les genoux de sa patiente Lucie 5 papiers et lui dit qu'au réveil elle ne verra pas les papiers marqués d'une croix. Il interroge d'abord le subconscient et se fait remettre les papiers qui sont sur ses genoux. Lucie tend les deux papiers marqués d'une croix. Janet insiste mais Lucie écrit qu'il n'y en a plus. Janet interpelle Lucie : " Donnez-moi les papiers qui sont sur vos genoux. " Elle donne alors les trois autres papiers. Tous les papiers ont été vus mais à des niveaux de conscience différents. Ni l'un ni l'autre des deux états n'a permis à Lucie de les voir tous. Janet conclut : " Dans la suggestion d'anesthésie systématisée la sensation n'est pas supprimée et ne peut pas l'être, elle est simplement déplacée... enlevée à la conscience normale. " (p.274). Elle est attachée à une sorte de conscience.

2) Electivité ou esthésie systématisée.

Par électivité on entend que les sujets semblent faire un choix parmi les impressions ressenties. Cette sélection s'opère en fonction de l'hypnotiseur. Ce lien entre le sujet et une personne ou un objet a reçu le nom de rapport magnétique. Le sujet est en rapport magnétique avec un autre quand on le force à voir ou entendre celle-ci. L'électivité varie selon les sujets. Cette électivité varie selon les sujets. Cette électivité varie selon les parties du corps du sujet. La personne qui a le plus souvent endormi le sujet a généralement sa préférence. L'électivité des somnambules naturels porte sur des objets plus que sur des personnes. On peut facilement passer de l'anesthésie systématisée à l'électivité. Dans l'anesthésie systématisée le sujet entend tout le monde sauf une personne. Dans l'électivité : il est défendu au sujet d'entendre, M.A... ainsi de suite... M.W, M.X, M.Y de sorte qu'il ne reste plus que M.Z. L'électivité systématisée revient à itérer les anesthésies pour ne laisser accéder à la conscience du sujet qu'une seule personne. Il existe d'autres moyens d'orienter l'électivité du sujet : la " chaîne magnétique ". Les sensations en apparence supprimées ne le sont pas dans une partie de la conscience du sujet, ainsi une personne qui n'obéit qu'à Janet obéira à M. X mais en l'appelant M. Janet. " Les sensations dont le sujet paraît n'avoir aucune conscience ne sont pas disparues et subsistent encore en lui d'une autre manière " (p.280).

3) Anesthésie complète ou anesthésie naturelle des hystériques.

Dans le cours naturel de l'hystérie des anesthésies concernant tout un sens se produisent spontanément : " L'oreille est sourde pour tous les bruits ; l'œil aveugle pour toutes les lumières... ". Il n'y a pas d'opposition absolue entre anesthésie systématisée et anesthésie complète. -car l'anesthésie complète est rarement générale, exemple : l'anesthésie cutanée n'existe pas sur toute la peau. -on constate que l'amblyopie hystérique n'est pas fonction de l'organe lui-même. Ainsi une hystérique aveugle de l'œil droit voit seulement les lettres à sa gauche en vision monoculaire. Mais avec les deux yeux toujours avec le carton vertical entre les deux elle voit toutes les lettres à gauche et à droite : l'amblyopie disparaît. " L'hystérique est aveugle de l'œil gauche quand elle y fait attention et qu'elle croit ne voir que par cet œil ; elle n'est plus aveugle du tout, quand elle n'y pense pas et quand elle croit voir tout de l'œil droit. " -Le sujet retrouve le souvenir de ce qu'il disait ne pas pouvoir apercevoir par le toucher (par exemple) quand on lui fait retrouver le sens tactile (par exemple grâce à l'application d'une plaque de fer sur sa main) p.281. -Avec l'écriture automatique, chez Lucie, Janet parvient à des régions de la conscience auxquelles le la conscience n'a pas accès. Le dialogue par le biais de l'écriture automatique montre que les sensations, pincement par exemple, parviennent jusqu'au subconscient alors même que le sujet discutant avec d'autres personnes reste sans réaction. Qu'il s'agisse d'anesthésie systématisée par suggestion, de l'esthésie systématisée ou de l'électivité des somnambules, de l'anesthésie par plaques des hystériques, de leurs amauroses les résultats sont les mêmes ". " De même qu'il y a un grand nombre d'actes inconscients compliqués que le sujet peut accomplir intelligemment sans le savoir, de même, il y a un grand nombre de sensations qu'il peut éprouver, dont il ne peut se souvenir, sur lesquelles il peut raisonner sans en avoir aucune conscience. " Des différentes hypothèses relatives aux phénomènes d'anesthésie Janet exclut l'hypothèse triviale de simulation ainsi que celles de nature physiologiques et anatomiques. Il s'intéresse aux hypothèses psychologiques et laisse à d'autres le soin d'en faire la traduction anatomique. Première hypothèse discutée susceptible d'expliquer les faits décrits précédemment celle d'une lésion de la sensation brute qui diffère de la cécité verbale où le malade présente un trouble dans l'élaboration psychique des sensations, dans ces cécités le sujet voit et entend mais ne reconnaît pas ou ne comprend pas ce qu'il voit. Janet rejette cette hypothèse ce n'est pas de la cécité verbale. Entre la cécité verbale, qui porte sur des difficultés d'élaboration de la sensation et la perte de la sensation brute, des paliers intermédiaires existent. Ceux-ci " tout en respectant la sensation brute " modifient son élaboration élémentaire de sorte que le sujet n'a plus conscience de ladite sensation. Les faits expérimentaux montrent que la sensation brute n'a d'ailleurs pas disparue (cf. contrastes consécutif). " Non seulement les anesthésies naturelles ou expérimentales ne semblent pas supprimer la sensation, mais elles ne réussissent même pas à la modifier " p.291. C'est ce qu'il constate en utilisant le principe des contrastes consécutifs dans l'une de ses expériences (le contraste consécutif repose sur des mécanismes physiologiques par lesquels la perception d'une couleur primaire provoque la perception de sa complémentaire sur un support blanc). Janet au regard des faits expérimentaux privilégie l'hypothèse d'une anesthésie due à la diminution des sensations parvenant a la conscience.

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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